Braconnage

(Tutos en fin de poste)

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Jusqu’à l’adolescence j’ai grandi seulement avec des garçons. De fait, à part à l’école, j’ai beaucoup échappé à la culture des filles de l’époque. Les gars avaient peu d’intérêt pour ça évidement, et mes Grand-Mères préféraient m’apprendre des tas de choses, pas le temps de se préoccuper des tendances. J’ai trouvé les portes-plumes de mon arrière-grand-mère et de l’encre violette dans un tiroir, déduit que c’est respectable comme intérêt pour une fille, dépensé tous mon argent de poche dans de la papeterie Hollie Hobbie au marchand de journaux du coin, et voilà tout. J’ai, comme nous toutes, à la fois une attirance de pie pour les jolies choses, et tendance à m’envoler quand ça devient envahissant.

C’est une attitude qui devient de plus en plus difficile à tenir, noyées que nous sommes dans les publicités sur Facebook, Insta, sur internet. Nous ne choisissons plus vraiment notre culture au sein d’une culture populaire. Elle nous est servie, insidieusement, en petites doses digestes, sur les publicités du métro, les couvertures de magazine, et dans chacun des réseaux sociaux où nous cherchons pourtant à nous échapper. Entre #femmeapoil et#epluchelegume, je me sentais gavée. J’ai réagi.

Je discutais en ligne avec mon grand cousin. Il est lui aussi affligé du virus familial, qui constitue à réfléchir sur tout ce qui nous tombe sous la main, des horaires de train jusqu’à la face B d’un groupe obscur trouvé dans une station service en 1984, et d’en tirer les conclusions socio-économiques nécessaires et évidentes, appuyées au besoin par les références littéraires appropriées. Je parlais avec lui de ma façon de régler mes problèmes avec les réseaux sociaux, de les utiliser pour en faire un usage qui me convient. Il me fait remarquer, citant de Certeau, que je fais du “braconnage”. Au lieu de subir les règles, le système, de rester dans le cadre imposé, je l’utilise à mes fins. C’est vieux comme le monde, et il ne faut surtout pas s’arrêter. Donc, je braconne.

Je suis un peu bornée, j’essaie d’utiliser les réseaux pour ce qu’ils ont été crée : Facebook pour rester en contact, Instagram pour partager des photos, Linkedin pour les relations professionnelles. En fait ce sont surtout des sites qui récupèrent nos informations et les revendent, tout en nous assaisonnant avec de la pub au passage.
J’ai commencé par Facebook il y a quelques années. Au lieu de subir le feed plein d’informations déprimantes et tape à l’oeil, j’ai viré tout ce qui n’était pas le “village” d’amis dont je voulais des nouvelles. Bye bye le Washington Post, le New York Times, tous les journaux sauf NPR (la radio publique Américaine qui est très ouverte d’esprit). Je lis mes journaux ailleurs, sur leur site. Bye les entreprises, les groupe envahissants, bye. Je n’ai gardé que ce qui faisait complètement du sens. Et mes copains. Juste les copains. Mon Facebook est presque comme en 2006, quand il s’est ouvert au public.#vintagefacebook

J’ai aussi appris à “liker” souvent, à liker tout le temps, les posts des gens que j’aime, et à laisser un petit mot gentil en commentaire. Je reste en contact pour de vrai, et je ne vois plus ceux qui m’intéressent disparaître de mon feed. Facebook est un programme : si on ne montre pas qu’on s’intéresse, il ne montre plus. Ça marche comme ça dans la plupart des réseaux sociaux. Le like, le com est un lien d’affection. Je m’accroche à ce fil du langage pour ne pas vous perdre.

Ensuite j’ai exploré les paramètres de Facebook : j’ai appris à vider mon cache* sur mon portable, et surtout à gérer mes préférences publicitaires**. J’ai activé les paramètres sur mon browser internet qui font que je récupère peu de cookies, je vide mon cache souvent. Facebook ne me propose plus que des publicités d’entreprises qui m’intéressent. Soit, essentiellement en ce moment, de la papeterie avec des petits chats trop mignons dessus #monprobleme


Je ne me suis pas arrêtée là. Sur tous les réseaux, je me suis mise à :

  1. lire et modifier les paramètres personnels pour une meilleure sécurité (j’allais dire pour plus d’intimité)

  2. supprimer sauvagement toutes les pubs qui ne m’intéressent pas.


Je n’ai presque plus de publicités pour des vêtements, sous-vêtements, ou même de régimes sur Instagram, plutôt des notes des cafés, pépinières et marchand de laine de mon coin de planète. Au moins c’est ma culture, ça m’intéresse.


Sur Pinterest***, qui est une machine à suivre et à revendre nos informations, il m’a fallu plus de temps. J’ai passé plusieurs fois mes sessions à supprimer toutes les pubs vulgos et toutes les suggestions ringardes, en ne gardant que ce qui me plaisait. J’ai fini par réussir à avoir un feed qui m’intéresse vraiment, mais il faut que je refasse souvent le tri, et ça m’agace. Je viens de montrer à mon fils comment faire (gérer les paramètres & supprimer les publicités et les suggestions ininteressantes), et il est ravi. Je lui ai même appris à dire non à sa mère. Il me suit sur Pinterest et il en avait marre des post de quilts en patchwork. Sandalettes ou quilts: “sur mes pieds, pas dans mon feed”, c’est notre mot d'ordre sur Pinterest.


J’ai appris à dire non, non, et puis encore non. C’est finalement un bon exercice, ça m’aide dans la vie de tous les jours aussi. Non à la vendeuse qui veut me refiler un truc qui ne me va pas, non à la libraire qui veut me faire acheter 3 livres de plus (très dur celui-là). Ce déballage de publicités, ça nous habitue à dire oui, oui à tout, et sans réfléchir. Il faut réapprendre le non, ce non salvateur, reprendre l’équilibre pour pouvoir dire oui à bon escient.

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Je vais jusqu’à traiter de “choquantes” les pubs qui m’ennuient, et bloquer les entreprises qui les font. Je ne suis pas choquée pour deux sous mais j’en ai marre des sandales à doigt de pieds, des soutifs de compet’, du régime sans effort…. Mon feed très #momochedeco et #copinesartistes est beaucoup plus logique sans fesses et soutifs. Un monde sans #femmeapoil, c’est finalement pas si puritain que ça. Juste confortable. Je ne mets pas de grand poster genre playmate dans mon salon, pourquoi est-ce que j’en aurais sur mon feed?
nota bene: Si c’est ton truc, tu fais comme tu veux, je ne juge pas, si le pape Jules 2 avait eu Pinterest, il n’aurait pas fait sculpter autant de mecs à poil par Michel Ange avant de se décider pour autre chose.

Si je dois faire partie d’une database pour les publicités sur les réseaux, autant que ce soit selon mes règles. Laissons le système s’adapter plutôt que de le subir.

Je navigue au lieu de suivre. Je comprends au lieu de gober. J’agis au lieu de râler. J’utilise les outils à ma portée. Je comprends comment ça marche. Je vire tout ce qui m’embête! Le résultat est bien plaisant pour le moment. J’ai fait un nid bien tranquille loin des zombies de la conso.
Facebook est un village, Insta un groupe d’artistes et d’amis, Pinterest une banque d’image. C’est tout.


Et j’y suis tellement habituée maintenant, à ma petite réalité bien tranquille, que je suis toute surprise quand une amie s’offusque des pubs idiotes, ou quitte Instagram parce qu’elle se sent dépassée. Insta, facebook, Pinterest, et même Linkedin : ce sont des outils, et de bons outils. Ça n’est pas la peine de quitter les réseaux: apprenons à les utiliser avant qu’ils ne nous utilisent. Je ne fais que retrouver leur but premier : suivre, choisir, communiquer, partager.

Je t’encourage vivement à faire de même. Je suis même très curieuse de savoir ce qui se passera si les réseaux sociaux doivent s’adapter à des lectrices.eurs responsables et pas seulement des gobes tout un peu aveugles trop flemmards pour réagir.

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Notes de paramétrages, valides en Aout 2019:

*Facebook: Sur un téléphone. Tu vas dans "Paramètres et vie Privée" puis "Paramètres" à partir du hamburger en bas à droite. Descends descends descends c’est caché. Cherche "Navigateur" puis “Paramètres du Navigateur”. Appuie sur "Effacer les données de navigation". Et voilà. Tu n’as plus de fil à la patte, ton téléphone va beaucoup plus vite, c’est cadeau. Regarde comment vider le cache de ton browser pour aller encore plus vite.

**Facebook encore: Tu vas dans "Paramètres et vie Privée" puis "Paramètres" à partir du hamburger en bas à droite. Descends descends descends c’est caché. Cherche "Publicités" puis “Préférences publicitaires”. La première fois c’est une tannée à gérer, en particulier pour les centres d’intérêts qu’il faut supprimer un à un, mais j’ai appris à y aller de temps en temps et maintenant je n’ai plus que des publicités qui me correspondent vraiment ( un autre problème), ou pas de pub du tout.

***Sur pinterest, les paramètres sont en haut à droite. Vérifie que tu n’autorises pas Pinterest à te suivre partout et à refiler tes infos à d’autres entreprises : cela fait partie des paramètres par défaut. Pour gérer le feed : sur chaque image proposé qui ne te plait pas, cliques sur les … en bas à droite, et cache l’image selon les paramètres proposés. Au bout de quelques temps Pinterest s’adapte et le feed est beaucoup plus intéressant. Je n’hésite pas à bloquer les publicités qui me gonflent, ça aide beaucoup.

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Delphine Doreau